
L’eau n’est pas une ressource inépuisable. Au potager comme au jardin d’agrément, l’arrosage est un geste vital, mais qui doit être pensé comme un acte de préservation. En adoptant une gestion économe et intelligente de l’eau, vous protégez non seulement les nappes phréatiques pour les générations futures, mais vous favorisez aussi la résilience de vos cultures.
Rappelons que l’eau est un bien commun. Votre objectif : maintenir la santé du jardin en utilisant chaque goutte à bon escient, tout en proscrivant les engrais chimiques qui polluent cette ressource et en modérant même les engrais azotés biologiques.
Comprendre son terrain : la première goutte d’économie
Avant même d’arroser, la gestion de l’eau commence par l’observation et la préparation du sol.
- Analysez votre sol : La structure de votre terre (sableuse, argileuse ou humifère) dicte sa capacité à retenir l’eau.
- Boostez l’humus : Un sol riche en humus agit comme une éponge. Favorisez la vie du sol et la présence de vers de terre pour améliorer cette rétention naturelle.
- Gérez le vent : Le vent dessèche la terre plus vite que le soleil. Plantez des haies bocagères, des brise-vents ou des haies fruitières pour créer un microclimat humide et protéger vos cultures.
- Choisissez les bonnes plantes : Adaptez vos choix au climat. En zone sèche, privilégiez des variétés de légumes et d’ornement naturellement résistantes à la sécheresse.
Economiser l’eau : Les fuites du système d’arrosage :
Tout d’abord, il est important de vérifier régulièrement votre système d’irrigation pour éviter les fuites. Les petites fuites peuvent sembler insignifiantes, mais elles peuvent gaspiller de grandes quantités d’eau au fil du temps. Par exemple une goutte d’eau qui s’échappe toutes les secondes d’un robinet ou d’une liaison de tuyaux, c’est 18 litres d’eau par jour soit 6, 5 min 3 s par ans !
Commencez par remplacer vos vieux tuyaux rafistolés fuyant de toute part, les tuyaux poreux qui n’ont plus rien de poreux, mais coule trop intensément.
Installation avec du matériel de qualité et entretien
Évitez les raccords en plastique peu fiables, préférez les raccords métalliques (bronze ou laiton).
Évitez l’emploi de tuyaux « premier prix » qui ne résisteront pas aux UV et à l’écrasement.
En automne, remisez les tuyaux, les asperseurs, les arroseurs après vidange de ceux-ci.
Enfin, remplacez régulièrement les joints de raccords défectueux lors de la remise en place de vos installations au printemps.
Couvrir et protéger : moins d’évaporation, plus de vie
L’ennemi numéro un du jardinier économe est l’évaporation. Quelques gestes simples permettent de limiter les pertes :
- Le binage : Le vieux dicton ne ment pas : « Un binage vaut deux arrosages ». En cassant la croûte de terre, vous empêchez l’eau de remonter par capillarité et de s’évaporer.
- Le paillage (Mulching) : C’est la clé de voûte de la permaculture. Un sol couvert garde sa fraîcheur et limite drastiquement les besoins en eau.
- L’ombrage : Créez des zones d’ombre pour les cultures sensibles lors des fortes chaleurs.
Le bon timing : observer avant d’agir
Savoir quand arroser est aussi crucial que combien. Ne confondez pas soif et coup de chaud : En été, il est normal que les plantes « piquent du nez » au soleil de midi pour limiter leur transpiration. Si elles retrouvent leur vigueur le soir, tout va bien. En revanche, si elles sont flétries dès le matin malgré la fraîcheur nocturne, l’arrosage est indispensable.
Matin ou Soir ? La règle saisonnière :
– Début d’été (nuits chaudes) : Arrosez le soir. L’eau a toute la nuit pour imprégner le sol sans s’évaporer.
– Fin d’été (dès le 15 août) : Privilégiez le matin. Les nuits devenant plus fraîches, un arrosage tardif pourrait refroidir excessivement la terre et freiner la croissance, voire favoriser les maladies.
Techniques d’arrosage : la précision chirurgicale
Fini l’arrosage « en pluie » sur tout le jardin. Visez l’efficacité.
Musclez vos plantes : Ne les habituez pas au confort ! Arrosez modérément après plantation pour forcer les racines à descendre chercher l’humidité en profondeur.
Bannissez l’aspersion : Les asperseurs consomment énormément et arrosent les feuilles (risque de maladies).
Le goutte-à-goutte : Idéal pour apporter l’eau au pied sans tasser la terre ni ruisseler. Programmable, il est très économe.
La méthode : Mieux vaut un arrosage copieux et espacé qu’un petit arrosage quotidien qui ne mouille que la surface.
L’astuce ancestrale des « Oyas » : Ces pots en terre cuite microporeuse enterrés diffusent l’eau directement aux racines.
Une astuce que j’utilise : L’utilisation des « oyas » revient vite chère s’il en faut de nombreux. La solution l’emploi de pot de terre cuite. Vous obturez le trou de drainage avec du ciment, enterrez-le et recouvrez le pot avec une coupelle mise à l’envers. Je m’en sers pour l’arrosage de la culture des tomates, des concombres, etc. Attention ! Pour faire vos « oyas maison », utilisez de véritables pots en terre cuite, simples, sans vernis. Personnellement j’avais glané de vieux pots dans un vide-grenier.
La récolte de pluie : une autonomie indispensable
Pourquoi utiliser de l’eau potable quand le ciel nous en offre gratuitement ?
Captez tout : Toitures de maison, abris de jardin, serres… chaque m² compte.
Le calcul est simple : 1 mm de pluie = 1 litre d’eau par m². Multipliez la pluviométrie de votre région par la surface de vos toits pour connaître votre potentiel de récolte (consultez Météo France).
Stockez malin : Citernes enterrées, récupérateurs du commerce ou système D (vieilles baignoires, poubelles propres).
Mon conseil : Sécurisez les réserves ouvertes avec un voile moustiquaire et camouflez-les avec des plantes grimpantes. Pensez à nettoyer les contenants chaque année.
Exemple de réserve d’eau simple et très performante (terrain légèrement en pente) :
À partir d’une descente de gouttière de toit, un collecteur d’eau envoie l’eau de pluie dans une suite de bacs de 120 litres reliés par des tuyaux jusqu’à finir dans une mare. Les bacs sont placés à l’ombre pour, l’été, avoir une température raisonnable de l’eau et éviter une évaporation rapide de l’eau.
Repères de consommation : donner le juste nécessaire
La quantité d’eau dépend du climat, du sol et du système racinaire. Voici une estimation des besoins quotidiens (en litres/m²) pour vous guider, à adapter selon votre région (Nord vs Sud) :
Note : Les légumes à bulbes (ail, oignon, échalote) se passent généralement d’arrosage, sauf sécheresse exceptionnelle.
| Légume | Besoin estimé (L/m²) |
| Céleris | 2 – 2,5 L/m² |
| Tomates | 3,5 – 6,5 |
| Salades / Betteraves | 4 – 5 |
| Haricots / Oignons (si besoin) | 5 – 6 |
| Asperges / Poireaux | 4 – 6 |
| Choux | 6 – 7 |
| Pommes de terre | 6 – 15 |












