Oubliez le simple petit poulailler au fond du jardin. En permaculture, le poulailler, c’est bien plus que ça s’il est judicieusement placé, intégré dans l’espace. Elles ne se contentent pas. Je vous aide à bien penser son installation. En plus des fumures générées, les élevages de poules et de volailles auront un rôle de régulation des insectes et parasites.
poule grattant le sol

Deux outils redoutables chez la poules pour débarrasser le sol d’une quantité remarquable de vers et d’insectes ravageurs des jardins en permaculture : les pattes et le bec !

L’indispensable design pour intégrer le poulailler au jardin

Avant de planter les premiers clous, les premiers assemblages, la vraie question, c’est : « Où est-ce qu’on le met ? » C’est le design, l’emplacement, qui fait 80% du boulot. On ne pose pas un poulailler au hasard.

  • Orientation et climat : Pensez confort ! Idéalement, on ouvre l’entrée principale au sud ou au sud-est. Pourquoi ? Pour choper le soleil du matin qui réchauffe et assainit, et la chaleur l’hiver. Par contre, il faut absolument prévoir de l’ombre pour l’été (un arbre feuillu, une haie) pour éviter la rôtisserie. On le protège aussi des vents dominants (pas dans un couloir de courant d’air !). Bref, on lui cherche un microclimat sympa.
  • Nature du sol : Les poules détestent avoir les pattes dans la gadoue. C’est mauvais pour leur santé. On choisit donc un endroit bien drainé, pas la cuvette du jardin où l’humidité stagne après la pluie. Si le terrain est en pente, on le met plutôt en haut.
  • Accessibilité (le zonage) : C’est le cœur de la permaculture ! On parle de « zones ». Le poulailler, c’est typiquement en zone 1 ou 2. Traduction : assez près de la maison (zone 1) pour aller chercher les œufs en pyjama et fermer la porte le soir sans faire une expédition, mais pas collé à la terrasse (pour les odeurs et les mouches). Il doit aussi être stratégiquement placé pour accéder facilement au potager (pour les lâcher en hiver) ou au compost (pour y jeter la litière).

Utilisation du bâti ancien :

Vous avez un vieux cabanon, un coin d’appentis ou un bout de grange qui ne sert à rien ? Bingo ! C’est souvent la meilleure solution. Utiliser l’existant, c’est 100% permaculture. Un bon coup de nettoyage, on bouche les trous (contre les prédateurs !), on aménage perchoirs et pondoirs, et c’est parti.
Un inconvénient de ces vieilles dépendances c’est qu’elle se trouve rarement au milieu de l’espace. La solution ce sera le poulailler mobile pour pouvoir conduire votre cheptel aux endroits stratégiques à un moment où leur présence est bénéfique. (Verger, potager, prairie, rucher.)

Gestion du temps de travail :

Pensez à vous ! Si c’est une galère d’aller leur donner à boire ou de nettoyer, ça va vite vous lasser. La commodité est reine. Prévoyez un accès facile à l’eau (une cuve de récup’ à côté ?), un rangement pour le grain et la paille à proximité. Plus c’est simple, plus c’est durable.

La construction d’un poulailler en permaculture

Maintenant qu’on sait où, parlons comment. Vous trouverez sur le site de très nombreux modèle de poulaillers avec leur plan de construction.

Le choix des matériaux :

On pense local, durable et surtout récup’ ! Des palettes désossées, du bois non traité de la scierie du coin, des vieilles tuiles… On évite le neuf en plastique ou le parpaing si on peut. L’important, c’est que ce soit solide (contre les renards !) et bien isolé (liège, paille, laine de bois) : ça garde au chaud l’hiver et au frais l’été.
Attention ! Ce qui semble « permaculture » au premier abord (utiliser des palettes, du bois de démolition) peut se transformer en catastrophe sanitaire.
Le pou rouge, c’est le cauchemar absolu de l’éleveur. Il ne vit pas sur la poule la journée, il vit dans les interstices du poulailler (fentes, fissures, sous les perchoirs) et il vient la piquer la nuit.
Une construction « faite de bric et de broc », avec du bois de palette brut, des planches qui jointent mal, des doubles parois non isolées… c’est un hôtel 5 étoiles pour les poux rouges. Un véritable boulevard !
La prévention est reine en permaculture. Si on choisit d’utiliser des matériaux de récupération, il faut le faire intelligemment et les préparer pour que l’ensemble soit « antiparasite ».

L’intégration dans le paysage :

Un bon poulailler se fond dans le décor. On peut végétaliser les abords (des arbustes qui leur fourniront de l’ombre et des baies), faire grimper une plante sur le côté, ou même oser un petit toit végétalisé (super pour l’isolation !).
Plan des petits élevages en permaculture

La chaleur du poulailler : Fonctionnement d’une serre-poulailler en permaculture

Ça, c’est l’astuce du jardinier ! On adosse le poulailler à la paroi (souvent nord) d’une serre. La chaleur dégagée par les poules la nuit (ça chauffe, ces petites bêtes !) et le CO2 qu’elles expirent profitent directement aux plantations dans la serre en hiver. C’est du gagnant-gagnant : la chaleur du poulailler est au service du jardinier.
fonctionnement d'une serre poulailler en parmaculture
Le fonctionnement poulailler-serre est très simple.

  1. Sur un mur exposé plein sud est adossée une serre. De l’autre côté sont installés le poulailler et sa réserve de paille. L’orientation doit aussi être faite de sorte que les ouvertures du poulailler se trouvent à l’est.
  2. Le mur est percé d’ouvertures grillagées qui laissent circuler l’air entre la serre et le poulailler.
  3. Le jour la serre emmagasine la chaleur et réchauffe le mur (le mur peut être en pierres ou en torchis) et réchauffe aussi le poulailler grâce aux petites ouvertures.
  4. La nuit quand la température baisse, le mur restitue au début de la chaleur, et c’est au tour du poulailler de restituer de la chaleur à la serre.
  5. La partie nord du poulailler est protégée par la réserve de paille.
  6. Ce type d’installation est particulièrement utile dans les régions à hiver rude.
  7. L’été la serre est ombrée par des canisses.

Des abords propres :

Devant la porte d’entrée du poulailler, là où ça piétine le plus, ça devient vite un bourbier. Prévoyez une petite dalle, un chemin en dur, ou une bonne couche de gravier. Ça change la vie pour nettoyer et pour garder ses bottes propres.

L’enclos couvert (plan B sanitaire) :

On n’aime pas y penser, mais ça arrive. En cas de suspicion de grippe aviaire, les autorités peuvent exiger de confiner les volailles, surtout au moment des migrations. Il faut anticiper ça : prévoir un « parcours » (le poulailler mobile) ou un enclos couvert (un simple filet ou une bâche tendue au-dessus de leur parc habituel) pour qu’elles puissent être dehors sans contact avec les oiseaux sauvages.

Le poulailler devenu élément du jardin remplit plusieurs fonctions

Le poulailler n’est plus une « charge », c’est un « gain » sur tous les plans. C’est un élément central du jardin ou de la microferme qui bosse pour vous.
Fournir des œufs pour une alimentation saine : Bon, c’est la base ! Des œufs frais tous les matins, riches en protéines et bien meilleurs que ceux du commerce. C’est un grand pas vers une forme d’autonomie alimentaire.

Les interactions des poules  en permaculture

  • Recycler les déchets de cuisine : Ce sont de vraies petites recycleuses. Elles adorent recycler les déchets de cuisine : épluchures (sauf pomme de terre crue), restes de salade, pâtes, riz, croûtes de pain… (Attention, on évite les agrumes, les peaux de banane, l’avocat et tout ce qui est moisi).
  • Recycler les déchets du jardin : Elles gèrent aussi les déchets verts. Les fanes de légumes (carottes, radis…), les limaces que vous ramassez, les fruits attaqués par des parasites ou tombés à terre… hop, dans le bec ! Ça se transforme en œufs.
  • L’aération du sol : Avec leurs pattes, elles grattent sans arrêt. C’est génial pour l’aération du sol au pied des cultures pérennes (arbres fruitiers, artichauts, vigne) et ça désherbe en même temps. (Par contre, on les tient éloignées des jeunes semis, sinon c’est un carnage !)
  • La fourniture d’un amendement précieux : Leurs fientes (le fumier) sont un amendement précieux, super riche en azote. On le mélange à la litière (paille, copeaux) et on le composte (c’est trop fort pour être utilisé « à chaud »). On peut aussi faire de la « poulnée » : des fientes diluées dans l’eau, un super engrais liquide « coup de fouet » pour les légumes.
  • De la chaleur avec le poulailler-serre : On l’a vu, elles deviennent un radiateur d’appoint gratuit pour la serre attenante.

Diminuer la pression des insectes :

Laissez-les se balader dans le verger (après la récolte) ou dans le potager (avant les semis, ou en hiver). Elles vont gratter, retourner et gober larves, limaces et insectes parasites. C’est une vraie brigade de nettoyage.
Prenons l’exemple du balanin qui cause de gros dégâts sur les noisetiers. La larve de cet insecte passe l’hiver au pied des noisetiers pour recommencer l’année suivante son cycle.
Les poules, en grattant et scarifiant le sol, délogent ses larves et s’en délectent. Celles oubliées ne survivront pas car elles ne supportent pas le froid.
En plus de ce parcours défini, vous pourrez les lâcher dans le potager après les cultures de légumes annuels ou bisannuels, à l’aide de clôtures mobiles.
Dans un premier passage, les poules déchiquetteront les déchets de culture et débarrasseront le sol des insectes de surface.
Un deuxième passage est possible après le labour du terrain à la grelinette.
La présence des poules après le travail du sol est intéressante, car de nombreux vers auront été remontés à la surface. Elles mettront en grattant à nue les racines des adventices vivaces partiellement arrachées.

Le ver blanc redouté, ne résistera pas aux pattes et au bec de la poule !

La protection du rucher :

C’est moins connu, mais c’est génial. Si vous avez des ruches, certaines races de poules vives et agiles (comme la Gauloise, des races naines, la poule de Janzé) sont redoutables pour protéger le rucher. Elles chassent et gobent les frelons asiatiques qui viennent stresser les abeilles à l’entrée de la ruche. En effet, ceux-ci se positionnent en vol stationnaire, ce qui permet aux poules de les attraper d’un coup de bec.
Le poulailler en permaculture, c’est vraiment un outil multifonction au cœur d’un système vivant !

Exemple de ressources cultivées en permaculture pour l’alimentation des poules :

Tout le monde ne dispose pas d’un grand jardin et n’a souvent qu’un petit potager.
La permaculture peut vous venir en aide :
Comme sur le piémont pyrénéen, cultivez les haricots tarbais en les faisant grimper sur un pied de maïs.
Dans un sol suffisamment réchauffé, au mois d’avril ou au mois de mai selon les régions, semez en lignes : une graine de maïs et une de haricot tarbais tous les 20 cm. au pied vous pouvez même installer des citrouilles ou des potimarrons.
Comme pour tous les autres haricots, les graines ne devront pas être trop enterrées.
Vous récolterez la saison venue de délicieux haricots et en automne vous récolterez des épis de maïs.
Le chou fourrager ne servira pas qu’à l’alimentation des volailles. Les sommités de ces choux sont délicieuses lorsqu’elles sont par exemple cuisinées à la crème.
Les cultures potagères (l’ail, l’oignon, etc.) et les cultures de plantes aromatiques pérennes vous fourniront de la matière pour confectionner vos potions.

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