Les oies sont des animaux formidables en permaculture : elles désherbent, gardent les lieux et produisent un engrais riche. Cependant, contrairement au fumier de cheval ou de vache, le fumier d’oie est une matière « puissante » qu’il faut savoir dompter.

Composition et Valeur NPK

Le fumier d’oie est techniquement de la volaille, mais sa valeur dépend énormément du mode d’élevage et de l’alimentation. Il faut distinguer deux types bien précis :

Fumier de logement nocturne (Oies à l’herbe)

C’est le fumier récolté lorsque les oies sortent pâturer la journée et ne rentrent que pour dormir.
Il est riche en fibres (herbe digérée).
Plus stable et un peu moins « agressif » car dilué par la consommation d’herbe.
La litière est souvent moins chargée et plus sèche, car les animaux passent moins de temps à l’intérieur.

Fumier d’engraissement (Période de finition)

C’est le fumier issu de la période où les oies sont nourries au grain (souvent maïs) et restent confinées (ou sortent très peu).
Il est alors extrêmement riche en azote et phosphore (dû à l’alimentation céréalière concentrée).
C’est un fumier « très chaud » et souvent très humide. Utilisé tel quel, le risque de brûlure des racines est maximal.
Il nécessite un apport en carbone (paille) beaucoup plus important au compostage pour compenser sa surcharge en azote.
Quel que soit le type, il est moins concentré que la fiente de poule pure, mais reste beaucoup plus fort que le fumier de ruminants.

L’indispensable compostage

Il est fortement déconseillé d’utiliser le fumier d’oie frais directement au pied des plantes potagères pour deux raisons :
L’excès d’azote peut tuer les jeunes plants (surtout celui d’engraissement).
Comme toutes les déjections de volailles, il peut contenir des bactéries (Salmonelle, E. Coli). La montée en chaleur par le compostage est donc indispensable.

La Recette du Compostage réussi

Le secret réside dans l’équilibre du rapport Carbone/Azote (C/N). Les fientes d’oie sont de l’Azote pur (vert). Il faut massivement ajouter du Carbone (brun).
Ingrédients :
1 volume de fumier d’oie.
Pour le fumier de nuit : 2 volumes de matières carbonées.
Pour le fumier d’engraissement : 3 à 4 volumes de matières carbonées (paille, feuilles mortes).

Le Processus :

Alternez les couches de fumier et de matières carbonées. Si votre fumier d’oie est déjà très pailleux (récupéré dans l’abri), mélangez-le simplement bien pour l’aérer.
Le fumier d’oie est souvent très humide. Surveillez le tas. S’il est détrempé et sent mauvais (ammoniac), ajoutez encore de la matière sèche (paille/sciure) et brassez.
Pour tuer les pathogènes, le tas doit monter en température (idéalement 55 °C+ pendant quelques jours). Cela se produit naturellement si le volume est suffisant (au moins 1 m³) et bien aéré.
Retournez le tas au moins une fois après 3-4 semaines pour relancer la fermentation.
Laissez mûrir 6 mois minimum. Un an est l’idéal pour obtenir un terreau noir, inodore et grumeleux.

Utilisation en Permaculture

Une fois composté, c’est un amendement de premier choix.
Au Potager (Gourmandes en Azote)
C’est le carburant idéal pour les « légumes feuilles » et les plantes très gourmandes :
Cucurbitacées : Courges, potirons, courgettes, concombres.
Solanacées : Tomates, aubergines, poivrons (mélangé à la terre avant plantation).
Légumes feuilles : Épinards, choux, blettes, laitues (attention au dosage, ne pas surcharger).
Maïs : Très gourmand en azote.

À éviter :

Évitez le fumier (même composté) sur les légumes racines (carottes, navets, panais) l’année de la culture. L’excès d’azote favorise le feuillage au détriment de la racine et peut attirer la mouche de la carotte ou fourcher les racines.

Au Verger :

C’est là que l’oie brille en permaculture. Si vous avez un verger clôturé :
Laissez les oies pâturer sous les arbres.
Elles tondent l’herbe (réduisant la concurrence pour l’eau).
Elles fertilisent directement le sol avec leurs déjections.
Attention : Protégez l’écorce des jeunes arbres, car les oies peuvent la grignoter.

Le « Thé de Compost de fumier d’oie» (Purin)

Pour un coup de boost rapide en saison :

Mettez du fumier d’oie composté (une pelle) dans un vieux sac en toile de jute.
Immergez le sac dans un seau d’eau (10-15 litres).
Laissez infuser 2-3 jours.
Arrosez vos plantes gourmandes avec ce liquide (dilué à 10 % si c’est pour des jeunes plants, pur pour des pieds de tomates adultes).

Enfin, les précautions sanitaires :

Délai avant récolte : Si vous épandez du compost qui n’est pas « parfaitement » mûr (moins de 6 mois), faites-le à l’automne pour les cultures de printemps. N’épandez jamais de fumier frais sur des légumes que vous allez manger crus (salades, radis) dans les 120 jours suivants.

Pin It on Pinterest

Share This