
L’histoire entre l’homme et le pigeon ne date pas d’hier.
C’est un compagnonnage qui traverse les siècles, mêlant agriculture, noblesse et même histoire militaire. L’histoire de l’élevage, du pigeon biset aux gros pigeons de ferme et au pigeon au plumage excentrique.
La souche originelle de l’élevage
Il faut souligner un point fondamental en colombiculture : le pigeon biset est l’ancêtre commun de toutes les races de pigeons domestiques. Qu’il s’agisse des petites races d’ornement ou des races lourdes sélectionnées pour la production de chair, toutes descendent de Columba livia. On recense aujourd’hui plus de 400 races distinctes à travers le monde.
Cette incroyable diversité morphologique est le fruit d’une longue sélection humaine. Mais comment sommes-nous passés de ce petit glaneur des falaises aux impressionnantes races actuelles ?
Une domestication qui remonte à l’Antiquité
Il faut remonter bien loin pour retrouver les premières traces d’un élevage organisé. Déjà, trois siècles avant notre ère, le grand philosophe grec Aristote rapportait dans ses écrits que les pigeons de Grèce se reproduisaient dix à onze fois par an. Une telle prolificité ne laisse aucun doute : l’oiseau était déjà bel et bien domestiqué et choyé par l’homme !
Un peu plus tard, au début de l’ère chrétienne, les Romains ont pris le relais avec leur sens légendaire de la bâtisse. Ils construisaient de véritables tours dédiées à l’élevage des pigeons pour s’assurer une source de viande régulière.
Le temps des seigneurs et des beaux pigeonniers
Si nous avançons jusqu’au Moyen Âge, la donne change, particulièrement chez nous, en France. Posséder des pigeons n’était plus à la portée du premier venu. C’était ce qu’on appelait le droit de colombier, un privilège strictement réservé aux seigneurs.
C’est à cette époque que sont sortis de terre ces magnifiques pigeonniers que l’on peut heureusement encore admirer dans nos campagnes lors d’une promenade. Ces édifices, qu’ils soient en forme de tours rondes ou carrées, étaient de véritables chefs-d’œuvre qui reprenaient le style architectural et les matériaux de leur région d’implantation.
À l’intérieur, c’était une mécanique de précision :
Les fameux boulins : Les murs intérieurs étaient tapissés de dizaines, voire de centaines de niches appelées « boulins », où chaque couple de pigeons pondait et élevait ses petits.
L’échelle tournante : Dans les pigeonniers ronds, pour pouvoir visiter ces nids de la base jusqu’au sommet sans risquer de tomber, on installait un ingénieux système. Des échelles étaient fixées sur un arbre central pivotant, permettant à l’éleveur de faire le tour complet de l’édifice sans effort.
1789 : Le pigeon se démocratise
Et puis vint 1789. La Révolution française, en abolissant les privilèges, mit fin au droit exclusif de colombier. Dans nos campagnes, ce fut une petite révolution agricole : les particuliers et les petits paysans purent enfin construire leurs propres pigeonniers. Ils trouvèrent dans l’élevage des pigeons une excellente ressource alimentaire, peu coûteuse et très prolifique.
C’est véritablement à partir de cette époque que la passion s’en est mêlée. Des éleveurs en recherche de nouveautés se sont ingéniés à sélectionner, croiser et fixer des mutations pour créer de nouvelles races. Chacun avait son but :
Certains cherchaient la productivité et la taille pour la table.
D’autres visaient la beauté (ce qui a donné les pigeons d’ornement aux plumages si excentriques).
D’autres encore voulaient améliorer leur capacité à retrouver leur pigeonnier sur de grandes distances.
C’est ainsi que sont nées les fameuses sociétés colombophiles, réunissant des passionnés fiers de leurs oiseaux.
Le pigeon, héros des airs et de l’Histoire
Impossible de parler du pigeon sans évoquer son incroyable sens de l’orientation, que l’homme a su exploiter de multiples façons. Sur le plan symbolique et mythologique, souvenons-nous du récit biblique : c’est bien une colombe (qui n’est autre qu’un pigeon blanc !) qui revient vers l’Arche de Noé avec un rameau d’olivier pour annoncer la fin du Déluge et le retour de la terre ferme.
Mais c’est surtout sur les champs de bataille que le pigeon a gagné ses galons. Au fil des siècles, les militaires ont largement utilisé ses talents de messager.
En 1870, lors du rude siège de Paris, les pigeons voyageurs ont été massivement utilisés pour faire passer des messages par-dessus les lignes prussiennes, avec des fortunes diverses, mais un courage indéniable.
Pendant la Première Guerre mondiale, ils furent à nouveau mis à contribution dans les tranchées, volant à travers les gaz et la mitraille. Certains de ces valeureux volatiles furent même officiellement décorés ! Si vous passez par Lille, vous pourrez d’ailleurs voir un très beau monument érigé en mémoire de ces pigeons héroïques.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils reprirent du service, prouvant une fois de plus leur fiabilité quand les radios tombaient en panne.
Le saviez-vous ? L’armée française continue aujourd’hui d’entretenir un pigeonnier militaire ! Il est situé au Mont-Valérien, en région parisienne. Une belle preuve que, même à l’ère des satellites et d’Internet, le lien de confiance entre l’homme et ce petit oiseau gris n’est pas près de se briser.
Article extrait du livre :

Pigeons de chair et pigeons d’ornement »






